Conserver et encadrer une œuvre sur papier ou une photographie

Un dessin jauni par un passe-partout acide, une photographie collée au verre, une estampe ondulée par l'humidité, un tirage couleur décoloré par des années de soleil : la plupart des dommages que subissent les œuvres chez les particuliers ne viennent pas d'accidents, mais d'un encadrement inadapté et d'un mauvais emplacement. Les règles de la conservation préventive, celles qu'appliquent les musées et les bibliothèques, sont pourtant simples à transposer chez soi.
Les trois ennemis : la lumière, l'humidité, les matériaux acides
Les œuvres sur papier et les photographies se dégradent principalement sous l'effet de trois facteurs. La lumière, et surtout les ultraviolets, fait pâlir les pigments et jaunir les papiers ; ses effets sont cumulatifs et irréversibles. L'humidité, trop forte ou trop variable, déforme les feuilles, favorise les moisissures et, sur les tirages argentiques, provoque l'apparition d'un voile métallique, le « miroir d'argent ». Les matériaux acides au contact de l'œuvre (cartons ordinaires, rubans adhésifs, colles, bois) la jaunissent et la fragilisent avec le temps.
Pour donner des repères, la Bibliothèque nationale de France recommande, pour ses expositions, de ne pas dépasser 50 lux pour les œuvres graphiques très sensibles et les photographies anciennes, et une humidité relative de 55 % ± 5 % pour le papier, de 40 % ± 5 % pour les photographies. Le ministère de la Culture, dans son vade-mecum sur les fonds photographiques, module la dose annuelle de lumière selon les techniques : environ 12 000 lux·heure par an pour les plus fragiles (photographies du XIXe siècle, photographies couleur à développement chromogène, photographies instantanées), 42 000 pour les photographies sensibles comme les tirages noir et blanc sur papier RC, 84 000 pour les moins sensibles, tirages noir et blanc sur papier baryté et photographies pigmentaires.
L'encadrement de conservation, couche par couche
Un encadrement de conservation est un empilement où chaque élément a un rôle. De l'avant vers l'arrière :
- Le vitrage
- Verre ou acrylique. Les vitrages filtrant les ultraviolets réduisent l'un des principaux facteurs de dégradation ; les versions antireflet facilitent la lecture. L'acrylique est plus léger et moins cassant, mais se raye et se charge d'électricité statique, à éviter pour le pastel ou le fusain.
- Le passe-partout
- La fenêtre de carton qui entoure l'œuvre. Il la met en valeur et, surtout, maintient la surface à distance du vitrage, ce qui évite qu'une photographie ou un dessin ne colle au verre. Il doit être en carton de qualité conservation, sans acide.
- L'œuvre et ses charnières
- L'œuvre n'est jamais collée en plein sur un support. Elle est suspendue par de petites charnières en papier japonais et colle d'amidon, réversibles, ou maintenue par des coins en papier ou en polyester qui ne touchent que les marges.
- Le carton de fond
- De même qualité que le passe-partout, il protège le dos de l'œuvre de l'acidité du fond du cadre.
- Le dos du cadre
- Fermé et scellé contre la poussière et les insectes, avec un espace suffisant pour que l'œuvre puisse respirer sans onduler.
Pour les photographies, le vade-mecum du ministère renvoie aux normes ISO 18902 et ISO 18916, qui définissent les matériaux compatibles et le test permettant de vérifier qu'un papier ou un carton ne réagit pas avec l'image. Pour un cyanotype, demandez un carton neutre et non tamponné alcalin, comme nous l'expliquons dans notre article consacré à ce procédé.
- À proscrire : ruban adhésif, colle en aérosol, contrecollage définitif sur un support non conservation, passe-partout en carton ordinaire, contact direct avec le verre.
- À demander à l'encadreur : la qualité des cartons, la méthode de fixation, le type de vitrage, la réversibilité de l'ensemble.
Bien choisir l'emplacement
Le meilleur encadrement ne protège pas d'un mauvais mur. Évitez la lumière directe du soleil, les murs au-dessus d'un radiateur ou d'une cheminée, les salles de bains et les cuisines, les murs extérieurs froids sujets à la condensation. Préférez les murs intérieurs, à l'abri du soleil, dans des pièces dont la température et l'humidité varient peu. Notre guide « Vivre avec des œuvres » détaille ce qu'il faut observer dans un logement, de l'orientation des pièces à la nature des murs.
Pour les œuvres les plus fragiles, pratiquez la rotation : exposez-les quelques mois, puis rangez-les à l'abri de la lumière. C'est exactement ce que font les musées avec leurs dessins et leurs photographies anciennes.
Manipuler et ranger
- Mains propres et sèches, ou gants en nitrile pour les photographies, dont la surface garde les traces de doigts.
- Tenir l'œuvre par un support rigide plutôt que par un coin.
- Ranger à plat, dans des pochettes et des boîtes de conservation, chaque œuvre séparée par une feuille neutre.
- Éviter les greniers et les caves, où la température et l'humidité varient le plus.
- Noter et photographier l'état de l'œuvre à l'achat, puis de temps en temps, pour repérer une évolution.
Quand faire appel à un restaurateur
Taches, déchirures, moisissures, œuvre collée à un carton acide, photographie qui adhère au verre : dans ces cas, n'intervenez pas vous-même. Un restaurateur d'œuvres d'art diplômé, spécialisé dans les arts graphiques ou la photographie, établira un constat d'état et proposera un traitement réversible. Gardez son rapport avec les autres documents de l'œuvre, comme nous le conseillons dans notre article sur la facture et le certificat d'authenticité.
Combien de temps exposer, et comment faire tourner
La notion de dose annuelle de lumière permet de raisonner simplement. Le vade-mecum du ministère le rappelle : les 12 000 lux·heure annuels recommandés pour les photographies les plus fragiles correspondent à 50 lux pendant huit heures par jour durant trente jours, d'où les pratiques actuelles d'exposition à 50 lux pendant trois mois, une fois tous les trois ans. Sur un mur plus lumineux, cette dose est atteinte d'autant plus vite. D'où l'intérêt, pour les œuvres sensibles, de prévoir dès l'achat une alternance : quelques mois au mur, puis un long repos dans une boîte, remplacées pendant ce temps par une œuvre plus résistante, comme une huile sur toile, une sculpture ou un tirage sur papier baryté.
Un luxmètre, ou une application de mesure de la lumière sur téléphone, donne un ordre de grandeur suffisant pour savoir lequel de deux murs est le plus exposé. Faites la mesure à plusieurs heures de la journée et à plusieurs saisons : le même mur peut être parfaitement protégé en hiver et frappé par le soleil couchant en juin.
Sources
- Bibliothèque nationale de France, « Conditions générales de conservation pendant les expositions temporaires », Actualités de la conservation, n° 3, 1997 : bnf.fr.
- Ministère de la Culture, Vade-mecum. Prise en main d'un fonds de photographies, novembre 2016 : culture.gouv.fr.
- C2RMF, Vade-mecum de la conservation préventive, fiche « Environnement / climat ».
- Bibliothèque nationale de France, « La lumière : informations techniques », Actualités de la conservation.
Collectionner & conserverVivre avec des œuvres : ce qu'il faut regarder en visite
Lumière, UV, hauteur sous plafond, murs, humidité, copropriété, assurance : visiter un logement avec l'œil d'un amateur d'art.
Collectionner & conserverFacture et certificat d'authenticité
Facture, « attribué à », certificat, provenance : ce que garantissent les papiers d'une œuvre, et ce qu'ils ne garantissent pas.
Collectionner & conserverÉditions et tirages numérotés
3/30, EA, HC, limite de trente exemplaires : lire une édition et commencer une collection avec un budget modeste.