Techniques photographiques

De Niépce au daguerréotype : la naissance de la photographie, 1826-1839

Techniques photographiques · · Publié le 2026-10-27

Daguerréotype en noir et blanc d'un boulevard parisien bordé d'arbres et d'immeubles, vu en plongée depuis une fenêtre
Louis Daguerre, Boulevard du Temple, Paris, daguerréotype, 1838. Domaine public, via Wikimedia Commons.

En 2026, la France célèbre le Bicentenaire de la photographie. Le ministère de la Culture l'a lancé le 1er septembre, avec des expositions, des rencontres et des publications en France et à l'étranger, sous l'égide d'un comité scientifique présidé par la conservatrice et historienne de l'art Dominique de Font-Réaulx. La date de référence est celle d'une image modeste et floue, réalisée vers 1826-1827 dans un village de Saône-et-Loire. Voici comment, en un peu plus d'une décennie, une curiosité de laboratoire est devenue un procédé offert au monde entier.

Nicéphore Niépce et l'« héliographie »

Joseph Nicéphore Niépce, inventeur installé dans sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes, près de Chalon-sur-Saône, cherche depuis des années à fixer les images que forme une chambre noire. Il travaille avec du bitume de Judée, une substance qui durcit à la lumière. Vers 1826-1827, il obtient, sur une plaque d'étain recouverte de ce bitume et placée dans une chambre noire, une vue prise depuis une fenêtre de sa maison : le Point de vue du Gras. L'exposition a duré très longtemps, et l'image est difficile à lire, mais c'est la plus ancienne photographie connue obtenue à la chambre.

Niépce appelle son procédé « héliographie », l'écriture par le soleil. Le ministère de la Culture rappelle que c'est cette image qui sert aujourd'hui de point de départ au Bicentenaire.

L'association avec Daguerre

Louis Jacques Mandé Daguerre, peintre de décors et créateur à Paris du Diorama, un spectacle d'illusion très populaire, s'intéresse lui aussi à la fixation des images. Les deux hommes s'associent en 1829. Niépce meurt en 1833 sans avoir vu l'aboutissement de leurs recherches ; Daguerre les poursuit, avec Isidore Niépce, le fils de l'inventeur. Il met au point un procédé nouveau, beaucoup plus sensible et plus net, auquel il donne son nom : le daguerréotype.

Ce qu'est un daguerréotype

Un daguerréotype est une image unique, formée directement sur une plaque de cuivre recouverte d'une fine couche d'argent poli comme un miroir. La plaque est rendue sensible par des vapeurs d'iode, exposée dans la chambre, puis l'image latente est révélée par des vapeurs de mercure, avant d'être fixée. Il n'y a pas de négatif : chaque daguerréotype est un original, que l'on ne peut pas reproduire par tirage.

Les temps de pose, d'abord de plusieurs minutes, expliquent la célèbre vue du Boulevard du Temple prise par Daguerre depuis une fenêtre : la circulation, trop rapide, n'a pas laissé de trace, et seule une silhouette immobile, un homme qui se fait cirer les chaussures, est restée sur la plaque.

1839 : l'annonce, la loi, la divulgation

7 janvier 1839
Le savant et député François Arago annonce l'invention à l'Académie des sciences, sans en révéler le secret.
15 juin 1839
Le ministre de l'Intérieur présente aux députés un projet de loi pour acquérir le procédé au nom de l'État.
Juillet-août 1839
Après le rapport d'Arago devant les députés, le 3 juillet, puis celui de Gay-Lussac devant les pairs, la loi est adoptée. Elle accorde une pension annuelle et viagère de 6 000 francs à Daguerre et de 4 000 francs à Isidore Niépce, réversibles par moitié à leurs veuves.
19 août 1839
Arago dévoile le procédé lors d'une séance réunissant l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts. Le daguerréotype devient libre d'usage.

Le choix de l'État français est singulier : plutôt que de laisser l'inventeur exploiter un brevet, il achète le procédé et le rend public. En quelques semaines, des manuels paraissent, des opticiens fabriquent des chambres, et le daguerréotype se répand dans toute l'Europe et en Amérique. Le 19 août est aujourd'hui célébré comme la Journée mondiale de la photographie ; c'est d'ailleurs à cette date, en 2026, que le ministère de la Culture a présenté le programme du Bicentenaire.

La photographie n'a pas été inventée en un jour, ni par une seule personne : elle est née de recherches parallèles, en France et en Angleterre.

Le négatif sur papier, l'autre invention

Au même moment, en Angleterre, William Henry Fox Talbot met au point un procédé radicalement différent : un négatif sur papier, à partir duquel on peut tirer autant de positifs que l'on veut. Perfectionné sous le nom de calotype, ce principe du négatif-positif est celui qui s'imposera pour plus d'un siècle, jusqu'au tirage argentique moderne. Le daguerréotype, malgré sa perfection, restera une impasse technique : magnifique, mais impossible à multiplier. Nous présentons les tirages issus de ces premiers négatifs dans notre article sur le papier salé et les procédés anciens.

Où voir ces premières images

Les daguerréotypes et les premiers tirages sur papier sont fragiles et peu exposés, pour des raisons de conservation. Les grandes institutions publiques françaises, comme la Bibliothèque nationale de France et le musée d'Orsay, en conservent d'importantes collections, montrées lors d'expositions temporaires et numérisées pour une large part sur leurs bases en ligne, comme Gallica pour la BnF. Le programme du Bicentenaire est l'occasion d'en voir davantage.

Le daguerréotype aujourd'hui

Le procédé n'a pas disparu. Une poignée de photographes contemporains pratiquent encore le daguerréotype, avec des moyens modernes de sécurité, car les vapeurs de mercure sont toxiques. Leurs plaques, uniques, sont présentées dans des expositions et sur le marché comme des œuvres à part entière. Sur un cartel, la mention « daguerréotype » suivie d'une date récente désigne donc une œuvre contemporaine réalisée selon une technique de 1839, à ne pas confondre avec une plaque d'époque.

Sources