Techniques photographiques

Le tirage jet d'encre pigmentaire : ce que recouvre l'appellation « fine art »

Techniques photographiques · · Publié le 2026-10-27

Gros plan sur la tête d'impression d'une imprimante à jet d'encre, avec ses rangées de buses et des traces d'encre
Tête d'impression d'une imprimante à jet d'encre. Photo : André Karwath, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5.

Dans les galeries et les foires, une grande partie des photographies récentes sont aujourd'hui des tirages à jet d'encre. Sur les cartels, ils apparaissent sous des noms variés : « impression jet d'encre pigmentaire », « tirage pigmentaire », « impression d'archives », et très souvent « tirage fine art ». Ces appellations désignent une technique qui peut produire des épreuves superbes et durables, mais elles ne garantissent rien à elles seules. Voici comment s'y retrouver.

Le principe : des gouttes d'encre sur un papier préparé

Une imprimante à jet d'encre projette sur le papier des millions de gouttelettes minuscules, à travers les buses d'une tête d'impression qui balaie la feuille. L'image est donc composée de points d'encre, de plusieurs couleurs, juxtaposés et superposés de façon à reproduire toutes les teintes et les gris. Les imprimantes destinées à la photographie d'exposition utilisent davantage d'encres que les modèles de bureau, dont plusieurs noirs et gris, pour obtenir des dégradés fins et des noirs neutres.

La qualité du résultat dépend de trois éléments à la fois : les encres, le papier et le travail du tireur, qui prépare le fichier, calibre l'écran et l'imprimante, et choisit le profil de couleur adapté à chaque papier.

Pigments ou colorants : la différence qui compte

Encres à colorants
Les colorants sont dissous dans le liquide. Ils donnent des couleurs vives et une surface très lisse, mais ils sont en général plus sensibles à la lumière et à l'ozone. On les trouve surtout dans les imprimantes grand public.
Encres pigmentaires
Les pigments sont des particules solides, en suspension. Ils restent à la surface du papier ou s'y ancrent, et résistent beaucoup mieux à la lumière. C'est la technique utilisée pour les tirages d'exposition.

Dans son vade-mecum consacré aux fonds photographiques, le ministère de la Culture range les « photographies pigmentaires monochromes ou couleur » parmi les moins sensibles à la lumière, avec les tirages noir et blanc sur papier baryté, et recommande pour elles une exposition de l'ordre de 84 000 lux·heure par an. Le même document limite à 12 000 lux·heure par an les photographies les plus fragiles, dont les tirages couleur à développement chromogène. La mention « pigmentaire » sur un cartel n'est donc pas un détail.

Le papier : coton, alpha-cellulose, baryté

Les papiers pour le jet d'encre d'exposition sont recouverts d'une couche réceptrice qui fixe l'encre sans qu'elle s'étale. Ils se distinguent par leur fibre et leur surface :

Deux points à vérifier : l'absence d'acide dans le support, et l'absence ou la faible quantité d'azurants optiques, ces additifs qui rendent le papier plus blanc mais qui perdent leur effet avec le temps et peuvent faire jaunir l'ensemble.

« Fine art » : une appellation, pas une norme

Il n'existe pas, en France, de définition légale de la « photographie fine art » ou du « tirage d'art ». L'expression est un terme d'usage, venu des pays anglophones, qui signale une impression soignée sur papier de qualité. Elle ne dit rien, à elle seule, des encres employées, du papier, du nombre d'exemplaires ou du contrôle exercé par le photographe.

Ce qui donne à un tirage le statut d'œuvre est ailleurs. Le droit fiscal, par exemple, considère comme œuvres d'art les photographies prises par l'artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus (article 98 A de l'annexe III du code général des impôts). Cette définition ne fait aucune différence entre argentique et jet d'encre : c'est le contrôle de l'auteur, la signature et la limitation de l'édition qui comptent. Nous détaillons ces règles dans notre article sur les éditions et tirages numérotés.

Reconnaître un tirage jet d'encre

Exposer et conserver un tirage jet d'encre

Plus stables à la lumière que les anciens tirages couleur, les tirages pigmentaires restent sensibles à l'abrasion : leur surface, surtout sur papier mat, se raye et se marque facilement. Ils craignent aussi l'humidité, qui peut faire migrer l'encre, et le contact direct avec un verre. Un encadrement avec passe-partout, qui maintient la surface à distance du verre, est donc recommandé. Les principes sont les mêmes que pour les autres œuvres sur papier ; nous les décrivons dans notre guide de l'encadrement.

Et le cyanotype ?

Certains photographes contemporains associent impression numérique et procédés anciens : ils impriment un négatif numérique sur film transparent, puis réalisent un tirage par contact au cyanotype ou au papier salé. Nous expliquons ce procédé bleu dans notre article sur le cyanotype.

Questions à poser avant d'acheter

  1. Quelles encres ? Pigmentaires ou à colorants : la différence de tenue à la lumière est importante.
  2. Quel papier ? Sa composition, son épaisseur, la présence d'azurants optiques.
  3. Qui a tiré ? L'artiste, un laboratoire choisi par lui, sous son contrôle ?
  4. Combien d'exemplaires ? Le nombre total, tous formats confondus, et les épreuves d'artiste.

Les réponses à ces questions doivent figurer sur la facture ou le certificat. Elles conditionnent à la fois la valeur de l'œuvre et la manière de la conserver.

Sources