Techniques photographiques

Le tirage couleur : chromogène, Cibachrome, dye transfer, et comment les reconnaître

Techniques photographiques · · Publié le 2026-10-30

Un margeur de chambre noire, plateau blanc à réglettes noires qui maintient le papier photographique sous l'agrandisseur
Margeur d'agrandissement, vers 1980. Le tirage couleur argentique se fait, comme le noir et blanc, sous l'agrandisseur, mais dans le noir complet. Photo : R. Henrik Nilsson, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Sur les cartels des expositions de photographie contemporaine, la couleur a son propre vocabulaire : « tirage chromogène », « C-print », « tirage Lambda », « Cibachrome », « dye transfer ». Ces mots ne sont pas interchangeables. Ils désignent des procédés différents, qui n'ont ni le même aspect, ni la même histoire, ni la même tenue dans le temps. Les connaître aide à regarder une image, et devient indispensable dès que l'on envisage d'en acheter une.

Avant le tirage : une image faite de colorants

Une photographie noir et blanc classique est faite d'argent métallique, comme nous l'expliquons dans notre article sur le tirage argentique. Une photographie couleur argentique, au contraire, ne contient plus d'argent une fois terminée : l'image est formée de trois colorants, jaune, magenta et cyan, superposés en couches très fines. L'argent n'a servi que d'intermédiaire pendant le traitement.

Ce principe de la « synthèse soustractive » est commun à presque tous les procédés couleur sur papier. Ce qui les distingue, c'est la manière dont les colorants apparaissent : formés pendant le développement, présents d'avance puis détruits là où il le faut, ou transférés d'une matrice sur le papier.

Le tirage chromogène, ou C-print

C'est de loin le tirage couleur le plus répandu, des photos de famille aux grandes épreuves de musée. Le papier porte trois couches sensibles, chacune à une partie du spectre : le bleu, le vert, le rouge. Lors du développement, le révélateur oxydé réagit avec des « coupleurs » contenus dans chaque couche et forme le colorant correspondant, d'où le nom de chromogène. Un bain de blanchiment et de fixage élimine ensuite tout l'argent.

Le plus souvent, le tirage est fait à partir d'un négatif couleur, sous un agrandisseur équipé d'une tête de filtration qui permet d'équilibrer les couleurs. Le tireur fait des essais, corrige une dominante, ajuste la densité : le travail ressemble à celui du noir et blanc, mais dans l'obscurité totale, car le papier couleur est sensible à toutes les couleurs de la lumière. Le traitement standard des papiers chromogènes actuels porte le nom de RA-4.

Lambda, LightJet : le chromogène à l'heure numérique

Depuis les années 1990, une grande partie des tirages chromogènes d'exposition ne passent plus par un agrandisseur. Des machines comme la Lambda ou la LightJet exposent le papier chromogène à partir d'un fichier numérique, ligne par ligne, avec des lasers ou des diodes. Le papier est ensuite développé dans la même chimie que s'il avait été exposé à l'agrandisseur. Sur un cartel, « tirage Lambda » ou « tirage chromogène numérique » désigne donc un vrai tirage photographique à colorants, et non une impression à jet d'encre.

Beaucoup de grands formats chromogènes sont ensuite contrecollés sur aluminium et protégés par une plaque acrylique collée sur leur face, un montage souvent appelé « Diasec », du nom d'un procédé breveté. Ce montage donne une profondeur saisissante, mais il est irréversible : on ne sépare pas sans risque une photographie de son plexiglas.

Le Cibachrome, ou Ilfochrome

Le Cibachrome, rebaptisé plus tard Ilfochrome, procède à l'inverse. Les trois colorants, très stables, sont déjà présents dans les couches du matériau avant l'exposition. Le traitement les détruit là où il ne faut pas de couleur, d'où le nom de procédé par destruction de colorants. Il servait surtout à tirer des diapositives, c'est-à-dire des positifs, et non des négatifs.

Le résultat se reconnaît souvent à première vue : des couleurs très saturées, une grande netteté et, sur les versions brillantes, un support plastique d'un poli presque miroir. Le procédé était réputé pour sa stabilité dans l'obscurité. Sa fabrication a cessé au début des années 2010 : un Cibachrome est donc aujourd'hui soit un tirage d'époque, soit un tirage fait sur un stock ancien de matériau, ce qu'il est légitime de demander.

Le dye transfer

Le dye transfer est le plus exigeant des procédés couleur. Le tireur réalise trois négatifs de sélection, un par couleur primaire, puis trois matrices en gélatine. Chaque matrice est imbibée de son colorant et appliquée tour à tour, en repérage parfait, sur une feuille de papier préparée. Le procédé permet un contrôle très fin des couleurs, mais demande des jours de travail pour une seule image.

Il a été associé à certains des photographes qui ont fait entrer la couleur au musée dans les années 1970, notamment William Eggleston. Kodak a cessé de produire le matériel nécessaire dans les années 1990, et les tirages dye transfer sont devenus rares et recherchés.

Et avant : l'autochrome

La couleur photographique n'a pas commencé sur papier. L'autochrome des frères Lumière, commercialisé à partir de 1907, est une plaque de verre recouverte de grains de fécule de pomme de terre teintés, qui servent de filtres. Chaque autochrome est un positif unique, à regarder par transparence ou en projection : ce n'est pas un tirage. Les procédés photographiques sur papier du XIXe siècle, eux, étaient presque tous monochromes.

Reconnaître un tirage couleur

Le cartel ou la facture devraient indiquer le procédé. À défaut, quelques indices aident, sans remplacer l'avis d'un spécialiste :

Des couleurs qui bougent

Les colorants des tirages chromogènes évoluent avec le temps, à la lumière, mais aussi dans l'obscurité, plus ou moins vite selon les générations de papier. Les anciens tirages des années 1960 et 1970 ont souvent viré, prenant une dominante rouge ou magenta, ou un voile jaunâtre dans les blancs. Les papiers récents sont bien plus stables, sans être éternels.

Le ministère de la Culture, dans son vade-mecum consacré aux fonds photographiques, range les tirages couleur à développement chromogène parmi les photographies les plus sensibles à la lumière et recommande pour elles une exposition limitée, de l'ordre de 12 000 lux·heure par an. Les institutions conservent souvent leurs photographies couleur au froid. Chez soi, les règles sont celles de toute œuvre sur papier, avec plus de rigueur encore : pas de soleil direct, une lumière modérée, un verre filtrant les ultraviolets et un encadrement soigné, que nous décrivons dans notre guide pour conserver et encadrer une œuvre.

Questions à poser avant d'acheter

  1. Quel procédé exactement ? Chromogène à l'agrandisseur ou numérique, Cibachrome, dye transfer, jet d'encre.
  2. Quand a été fait le tirage ? À l'époque de la prise de vue, ou des années plus tard ?
  3. Quel montage ? Un contrecollage sous acrylique est définitif et conditionne la conservation.
  4. Combien d'exemplaires, tous formats confondus, et sont-ils signés ? Notre article sur les éditions et tirages numérotés aide à lire ces mentions.

Sources